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Tunisie: L’après-printemps arabe raconté par un syndicaliste

Source : | 7 novembre 2013 |  Actualité, Politique | 529 views

L’UGTT (Union générale tunisienne du travail) représente la principale centrale en Tunisie. Après la chute de Ben Ali, les syndicats de ce pays ont retrouvé une liberté de parole et d’action. Ils restent aussi l’une des forces les plus structurée, avec les islamistes d’Ennahda et l’ancien parti au pouvoir. L’Economiste a rencontré Mongi Abderrahim, numéro deux de l’UGTT, à l’occasion de son déplacement au Maroc où il était invité par ses homologues de l’UMT. Dans cet entretien, il livre un regard sans concession sur la situation dans son pays.   

- L’Economiste: Comment se porte la Tunisie depuis la révolution du Jasmin de 2011?
- Mongi Abderrahim: Les premiers mois après la révolution, le pays a connu une atmosphère euphorique. Tout le monde savourait cette liberté fraîchement acquise, des citoyens lambda assuraient la sécurité dans leurs quartiers respectifs. Le gouvernement de transition a essayé d’instaurer un semblant d’ordre. Malgré des tentatives désespérée de certaines factions de l’ancien régime de fomenter une contre-révolution. Puis il y a eu le retour des islamistes d’exil et l’apparition des salafistes de nulle part. Les premiers ont créé le parti Ennahda et les seconds, grâce aux pétrodollars, ont pu se renforcer considérablement. En tant que syndicat, l’UGTT  a essayé de conserver les acquis d’avant la révolution, surtout la protection des droits de la femme. Sans jamais chercher à glaner des postes de responsabilité.  

- Le gouvernement Ennahda doit démissionner très prochainement. Qu’est-ce qui explique un tel revirement de situation?
- Il y a beaucoup d’éléments qui expliquent la situation actuelle, il faut commencer par la campagne électorale. Ennahda, durant la campagne, tenait un discours populiste, promettant monts et merveilles, comme par exemple baisser de 50% le taux de chômage, avec pour seul argumentaire qu’ils craignent Dieu et sont dénués de toute tentation envers la corruption ou l’abus de pouvoir. Après leur victoire aux élections, nous avons vu comment les islamistes géraient le pays dans une optique de continuité. Nommant leurs alliés à différents postes de responsabilité, sans prendre en compte aucun critère. C’est comme ça que nous nous sommes retrouvés avec des ministres ayant pour seule expérience d’avoir passé de longues années en prison. Le message était clair: «Nous sommes là pour un long moment», l’assassinat du camarade Belaid changea la donne. En plus d’un rejet massif des islamistes par l’opinion publique lassée d’une gestion chaotique de la chose publique et du parti pris: «Soit on est avec le gouvernement, soit on est des mécréants ennemis de dieu et de l’islam». Cela se fit ressentir au sein même d’Ennahda, avec une lutte intestine entre faucons et colombes. Les tendances autoritaires des islamistes y sont aussi pour beaucoup, comme en témoigne la gestion musclée des manifestations par ces derniers, autorisant le tir de chevrotines sur des civils désarmés. Ou les tentatives d’intimidation de la presse. Sans oublier l’échec de l’assemblée constituante, dont le mandat est arrivé à terme sans aucun résultat sauf celui d’avoir augmenté le salaire de ses membres.

- En plus d’une crise politique, la Tunisie doit faire face à la menace terroriste. La situation se complique? 
- Comme je l’ai dit avant, les salafistes sont apparus de nulle part après la révolution, riches de leurs pétrodollars. Il y a eu des signes d’une préparation de leur part à plus qu’une présence politique. Lorsque les observateurs signalaient et dénonçaient  les entraînements paramilitaires des salafistes, Rached Ghannouchi, leader d’Ennahda a déclaré qu’il n’y avait rien de mal à ce que des jeunes gens fassent du footing. Plus grave encore, les islamistes encourageaient les gens à aller se battre en Syrie et en Libye, sans oublier le fameux jihad sexuel. Le trafic d’armes provenant de Libye n’a pas facilité les choses non plus. Des gilets pare-balles offerts par le Qatar au ministère de l’Intérieur ont été retrouvés chez des jihadistes. Il est clair pour moi qu’Ennahda a eu une responsabilité morale dans les violences que connaît le pays actuellement, mais pour le bien de la Tunisie et pour aller de l’avant, je n’imagine pas de procès impliquant les membres du gouvernement actuel après leur démission. Cette concession permettra de pérenniser le changement en cours.

- Est-ce que l’après-printemps arabe n’a pas remis en cause le poids de votre syndicat dans l’échiquier politique tunisien?
- L’UGTT a toujours eu un poids conséquent sur la scène politique nationale, nous n’avons fait que nous conforter pour nous positionner en tant qu’acteur majeur des négociations en cours entre le gouvernement et l’opposition. Nous essayons d’agir en tant que modérateur dans ce dialogue national sans oublier notre but qui est la protection du travailleur. Bien que nous ayons étés sollicités par tous les gouvernement mis en place après la révolution, le syndicat a toujours refusé de nommer des ministres car nous tenons à garder notre rôle de «critique» en toute indépendance. Nous avons même pu établir une alliance assez atypique comprenant le patronat, l’ordre des avocats et la ligue des droits de l’homme.  Il faut avouer que ce n’est pas commun de voir des syndicalistes main dans la main avec le patronat. Cette dynamique de dialogue que prône notre syndicat me permet d’être enthousiaste par rapport au futur de la Tunisie et je crois sincèrement que nous sommes dans la bonne voie pour instaurer un vrai système démocratique. 
Propos recueillis par Amine Ater


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