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Afrique: «Nous avons besoin d’une croissance pro-pauvres»

Source : | 15 décembre 2015 |  Economie | 758 views

Répondre efficacement au chômage des jeunes et multiplier la création d’emplois sont parmi les priorités de l’Afrique. C’est avéré, l’accès à un travail décent est crucial pour maintenir la paix et le développement. C’est ce qu’affirme Aeneas Chuma, directeur régional du BIT pour l’Afrique, qui a accordé une interview à L’Economiste, en marge du sommet des partenaires sociaux pour l’emploi en Afrique qui se tient à Casablanca, les 14 et 15 décembre (voir aussi page 9).- L’Economiste: Quelle est l’ampleur du chômage des jeunes en Afrique et qu’est-ce qui a été entrepris pour résoudre ce problème?
- Aeneas Chuma: Le chômage, l’inégalité des revenus et les troubles sociaux vont continuer à affecter l’Afrique dans les prochaines années, malgré une meilleure performance de la croissance économique. Les taux de chômage en Afrique sont trop élevés et le défi est d’obtenir non seulement une croissance économique forte, mais aussi créatrice d’emplois décents. La croissance économique enregistrée en Afrique a connu une hausse non-génératrice d’emplois.
Il n’y a pas une réponse type, mais plutôt un certain nombre de facteurs qui peuvent aider à endiguer le phénomène, à savoir augmenter les programmes à haute intensité de main-d’œuvre, accroître les compétences pour répondre aux exigences de l’économie, en mettant l’accent sur le développement des petites et moyennes entreprises, soutenir l’entrepreneuriat, surtout des jeunes…
La création d’emplois décents est possible grâce à des politiques macroéconomiques, l’employabilité, les politiques du marché du travail, l’esprit d’entreprise chez les jeunes ainsi que les droits pour faire face aux conséquences sociales de la crise, tout en assurant la viabilité financière et budgétaire. L’OIT a apporté un appui déterminant dans la formulation du plan stratégique 2015-2020 de l’Agence de promotion de l’emploi (AGEPE) en Côte d’Ivoire.- Qu’est-ce qui est le plus inquiétant: que le chômage reste de l’ordre de 8% ou que le sous-emploi et l’emploi informel soient aussi élevés?
- Pour des millions de jeunes en Afrique subsaharienne, même les plus instruits, un emploi bien rémunéré et stable reste un rêve impossible. Informel et emploi vulnérable sont la réalité pour la grande majorité des jeunes travailleurs. Répondre efficacement au chômage des jeunes et multiplier la création d’emplois sont parmi les priorités de l’Afrique, car l’accès à un travail décent est crucial pour maintenir la paix et le développement.
Et si la croissance reste forte, elle ne s’est pas traduite par une création d’emplois et une réduction de la pauvreté. En 2050, les jeunes africains constitueront plus d’un quart de la population active dans le monde.
L’Afrique a besoin d’une stratégie visant à améliorer ses résultats sur le marché du travail, en particulier pour les jeunes. Il va falloir concevoir des politiques macroéconomiques pour promouvoir la croissance de l’emploi, en particulier dans le secteur agricole, assurer l’accès de l’éducation pour tous, améliorer les conditions de travail en veillant à l’égalité de traitement et les droits des jeunes travailleurs, soutenir les employeurs qui prennent une part active dans la création d’emplois décents pour les jeunes, renforcer le rôle des institutions qui traitent des questions d’emploi/chômage. Le tout passe par l’amélioration de la collecte et la diffusion d’information sur le marché du travail et le renforcement des mécanismes de soutien pour la formalisation des entreprises informelles.- Les pays africains continuent d’enregistrer une croissance économique forte, mais la croissance n’a que peu d’effet sur le chômage…
- Les opportunités d’emploi pour la jeunesse africaine, la protection sociale, le dialogue social inclusif et la migration de main-d’œuvre sont les principaux domaines prioritaires pour le continent, marqué par une croissance économique sans transformation économique et une croissance sans emploi.
Des niveaux élevés du chômage des jeunes et la transformation du marché du travail appellent des politiques plus favorables à l’emploi afin de promouvoir une croissance riche en emplois dans la stratégie de développement de l’Afrique. Avec 10 à 12 millions de jeunes femmes et hommes à la recherche d’emplois chaque année, les jeunes sont aujourd’hui quelque 60% sans emploi.
Investir dans la protection sociale (y compris le renforcement de la gouvernance des caisses de sécurité sociale et l’extension de la protection aux travailleurs non couverts) aidera les pays africains à développer leur plein potentiel productif. Il faudra aussi contribuer à la formalisation de l’emploi en soutenant le changement économique et social et en favorisant une croissance durable et équitable. Objectif: réduire la vulnérabilité et stimuler le développement économique et social.
Nous avons besoin d’options politiques qui permettent aux pays africains non seulement de croître, mais de veiller à ce que cette croissance soit pro-pauvres et créatrice d’emplois. En Côte d’Ivoire, une réflexion sur le lien entre investissement et emploi des jeunes est soutenue dans le cadre de la responsabilité sociale des entreprises.- Selon les experts, la croissance n’a généré que des emplois précaires. Comment pallier cette vulnérabilité ?
- Absolument, malgré une solide croissance économique en Afrique subsaharienne, le taux d’emploi vulnérable dans la région était estimé à plus de 77% en 2013. Ce qui est le taux le plus élevé parmi toutes les régions au monde. Il est donc urgent de redoubler d’efforts pour mettre en place des politiques économiques et sociales favorables à l’emploi basées sur la transformation productive et le changement structurel rapide. Les faibles niveaux de scolarité, une population et une main-d’œuvre jeune et en croissance rapide démontrent également la nécessité d’accroître les dépenses sociales dans la région. Dans la plupart des pays africains, seulement 4 à 6% du PIB est consacré à des prestations de sécurité sociale.
La dépense moyenne en Afrique subsaharienne est la plus faible de toutes les régions. D’où l’urgence de repenser certaines politiques afin de consentir des efforts plus soutenus pour accélérer la création d’emplois et soutenir les entreprises.

Les femmes sous-représentées

Malgré certaines mesures de discrimination positive, les femmes africaines sont encore sous-représentées dans les rôles clés des mécanismes de décision. Soutenir davantage les femmes pour développer leurs entreprises est non seulement essentiel pour l’égalité, mais aussi pour le développement national.
Pour l’Afrique, la plus forte proportion de femmes cadres est au Ghana, avec 39%, suivi par le Botswana à 38,6%. Certains progrès ont été constatés, mais il reste beaucoup à faire avant d’atteindre une véritable égalité de genre dans le milieu professionnel, surtout aux niveaux des postes d’encadrement et de gestion.

Propos recueillis par
Aziza EL AFFAS


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