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«L’Afrique ne s’en sortira pas sans ses diasporas!»

Source : | 14 décembre 2015 |  Société | 13825 views

Amadou-Mahtar M’Bow détient un parcours hors du commun. Né en 1921, cet intellectuel sénégalais a été plusieurs fois ministre, mais également directeur général de l’Unesco pendant 13 ans. C’est l’une des figures politiques emblématiques dans son pays et dans le continent. Il vient de diriger les Assises nationales du Sénégal qui ont permis de définir les orientations et priorités institutionnelles du pays. En plus d’être un grand ami du Maroc, Mahtar M’Bow est également un membre de l’Académie du Royaume et l’un des participants des plus attendus de la 43ème session.- L’Economiste: Quelles sont les pistes pour sortir l’Afrique de l’impasse chronique du sous-développement?
- Amadou-Mahtar M’Bow: L’Afrique ne peut pas se sortir de la situation actuelle sans une maîtrise parfaite des sciences, des technologies et de l’innovation. Les Africains le peuvent par leur participation aux travaux scientifiques dans les laboratoires de différents pays du monde. Tant que l’Afrique n’aura pas l’effort nécessaire pour créer des  communautés scientifiques actives capables de la recherche et du développement et l’application des méthodes modernes dans l’exploitation de leurs  ressources, elle ne s’en sortira pas. Il y a plusieurs exemples qui peuvent nous inspirer. Au XI Xe siècle, le Japon avait envoyé les jeunes dans toutes les universités du monde pour acquérir les connaissances les plus avancées et les appliquer chez eux. A l’époque, on se moquait des Japonais. Leurs marchandises étaient considérées mauvaises. Ce petit pays est aujourd’hui une grande puissance mondiale, sans qu’il n’ait même pas de ressources naturelles. Les Africains peuvent aussi réussir un pareil exploit. Ils ont des ressources à mettre en valeur. Quand les Chinois au X Xe siècle ont été privés de l’aide soviétique dans les domaines scientifiques, ils ont utilisé les connaissances qu’ils avaient en place. Ils ont également fait appel aux Chinois de la diaspora, qui étaient généralement des chercheurs scientifiques. Ce sont ceux-ci qui ont développé les bases scientifiques et techniques qui ont transformé le pays. Evidemment, nous ne sommes pas la Chine mais nous avons un potentiel humain semblable. Nous sommes 1,3 milliard d’Africains aujourd’hui et nous allons être 2 milliards d’ici 20 à 30 ans. Le problème, c’est que nous sommes morcelés en plusieurs mini-Etats dont aucun n’est capable de faire ce que la Chine ou l’Inde ont fait. Nous sommes donc obligés de mettre en commun nos efforts.  Et résoudre tous les problèmes qui minent nos regroupements régionaux.- C’est valable aussi pour l’Afrique du Nord…
- Absolument. L’Union du Maghreb arabe existe. Mais il faut dépasser les contradictions qui existent entre les différents pays. Penser à l’essentiel qui est de mettre en commun nos efforts. Il faut dépasser les querelles partisanes inutiles et voir les choses telles qu’elles doivent être.- Quel rôle peut jouer le Maroc dans le développement de l’Afrique?
- Le Maroc montre déjà son rôle à travers cette session de l’Académie. Le thème choisi montre bien la volonté du Royaume pour s’ancrer à l’Afrique et travailler pour changer les choses. Et ce n’est pas une volonté qui date d’hier. Hassan II avait d’abord commencé. Mais aujourd’hui il faut insister et se mettre d’accord. Si les forces du Maghreb étaient unies de l’Egypte jusqu’au Maroc, cela ferait des choses extraordinaires, du point de vue du changement qualitatif non seulement à la région, mais à tous les pays du continent. Mais il faut que les dirigeants africains sachent que l’heure n’est plus aujourd’hui à des conflits inutiles. Elle est à l’engagement commun pour le travail d’ensemble. Il va falloir mettre en place les bases scientifiques et techniques nécessaires pour industrialiser le continent. On ne s’en sortira pas sans cela.- Vous critiquez le plan 2024 de la Commission de l’Union africaine..
- Les propositions de la Commission sont très timides. Ce plan pour les sciences et la technologie pèche parce qu’il n’a pas évoqué l’industrialisation et dit qu’il faudrait développer des projets bancables. Ce ne sont pas les banques qui financeront les projets de recherches. Ce sont les Etats qui doivent œuvrer pour former des communautés scientifiques. Pour cela, ils doivent faire appel à tous les Africains de la diaspora. Il y a des milliers d’Africains qui travaillent dans la recherche dans les pays industriels et qui peuvent développer leur pays d’origine.- Comment convaincre cette diaspora de revenir?
- Il y en a déjà beaucoup qui veulent revenir. Mais il y a un problème dans nos universités. Beaucoup de professeurs qui y sont installés n’acceptent pas que ceux qui sont formés à l’étranger reviennent avec leurs compétences. Ils leur disent que leurs diplômes ne sont pas reconnus. Il faut réformer cela et  revoir l’intégrité de nos systèmes d’éducation. Il faut aussi intégrer toutes les sciences de base et insuffler à nos peuples l’esprit scientifique. Les moyens de communication de masse sont disponibles pour le faire. Ils passent leur temps à produire des programmes de danse et de chant qui n’en finissent pas. Et pendant ce temps, on oublie l’éducation du peuple en vue de la formation d’esprits capables d’entreprendre les changements nécessaires.
Propos recueillis par
Mehdi LAHDIDI
 


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