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Transports urbains: Une thérapie de choc

Source : | 10 décembre 2015 |  Economie | 4661 views

Le conseil d’administration de la Banque mondiale a approuvé hier, mercredi 9 décembre, un prêt de 200 millions de dollars au programme d’appui au secteur des déplacements urbains au Maroc. Vickram Cuttaree est le chef de ce projet à la Banque mondiale. Economiste principal en infrastructures dans le secteur des transports à la Banque, il était basé à Rabat pendant ces 3 dernières années couvrant le secteur pour le Maghreb.  Dans cet entretien exclusif, il décrypte les objectifs de ce programme et les transformations attendues au terme de sa mise en œuvre.- L’Economiste: Quels sont les goulets d’étranglement du système des transports urbains identifiés par la Banque mondiale?
- Vickram Cuttaree: Malgré des avancées importantes réalisées au niveau du secteur, les principaux défis se rapportent à un sous-investissement significatif dans le secteur, à l’exception des récents tramways,  et à la faible viabilité financière du secteur. Par ailleurs, la faible capacité de gestion du secteur due à des ressources humaines et financières limitées, notamment au niveau local, et les lacunes en termes de coordination institutionnelle à l’échelle des agglomérations pénalisent également la performance du secteur.- Comment dépasser le sous-investissement structurel dans le secteur et le déficit de l’expertise des collectivités locales?
- L’Etat travaille à redresser ce sous-investissement à travers un renforcement du Fart comme mécanisme de financement durable du secteur. Les ministères des Finances et de l’Intérieur, représentés dans les différents comités de ce Fonds, travaillent aussi sur les composantes restantes de son renforcement avec l’assistance technique de la banque. Une réflexion sur l’identification de ressources financières additionnelles (hors budget général de l’Etat), pour le secteur en général et le Fart en particulier, est aussi en cours.
Concernant le déficit en capacités au niveau des collectivités locales, le ministère de l’Intérieur organise régulièrement des formations de qualification. La Banque mondiale a également contribué à la formation de plus d’une cinquantaine de cadres et de représentants au niveau central, régional et local au Maroc ces dernières années et continuera de le faire dans le cadre du programme.
Autre levier primordial de renforcement de la capacité des villes est le recours à des sociétés de patrimoine de transport urbain, généralement sous forme de sociétés de développement local (SDL). Ces entités de droit privé (sous supervision de l’Etat et des municipalités) peuvent mobiliser des profils pointus pouvant contribuer à la mise à niveau des capacités sectorielles des villes comme par exemple dans le cas de la Société du Tramway de Rabat-Salé et de Casa Transports.- En quoi la présence d’une importante activité informelle est-elle un handicap à l’efficacité des transports urbains? Que suggère la Banque mondiale?
- Je tiens tout d’abord à souligner que dans les pays comparables au Maroc, le transport artisanal (souvent qualifié d’informel) occupe une fonction sociale évidente. Il s’agit en effet d’un secteur permettant la création d’opportunités économiques pour les conducteurs et, aussi, de compléter l’offre limitée de services de transport urbain, notamment durant les heures de pointe. Il n’empêche que ces modes peuvent également avoir des externalités négatives, notamment en matière d’embouteillages, car ils occupent plus d’espace routier par passager que les bus, les tramways et autres modes plus efficients. De même, ils concurrencent souvent les modes classiques de transports urbains sur les itinéraires les plus rentables, ce qui génère des pertes en chiffre d’affaires pour les opérateurs structurés qui trouvent des difficultés à réinvestir leurs éventuels profits dans du matériel roulant de qualité.
La Banque mondiale est ouverte pour appuyer le gouvernement sur toute réflexion à ce sujet via des activités d’assistance technique se basant sur les meilleures pratiques mondiales. Les options potentielles pourraient inclure un meilleur suivi et contrôle des activités de transport artisanal, un renforcement de la capacité des chauffeurs à assurer un service plus efficace, une limitation du nombre d’agréments de taxis et/ou de permis de confiance lorsqu’une municipalité est en situation de saturation, etc.- Quelles conclusions tirez-vous de l’échec des contrats de services délégués dans les transports urbains?
- En effet, les contrats de services délégués au Maroc font l’objet de nombreux débats depuis plusieurs semaines. Néanmoins, il est à noter que cette situation d’échec décrite est loin d’être généralisée dans le secteur des transports urbains. La situation est bien meilleure qu’elle n’était par rapport à l’époque des régies autonomes de transport ou des concessions par ligne de bus. Pour illustrer cette progression, on peut citer, à titre d’exemple, l’opérateur de bus présent à Marrakech, Agadir, Tanger et Khouribga, et qui arrive à générer des bénéfices réguliers tout en assurant un niveau de service satisfaisant. De même, les contrats de services délégués représentent aussi une réussite dans le cas des tramways de Rabat-Salé et Casablanca avec un niveau de service conforme aux standards internationaux.
Propos recueillis par
Abashi SHAMAMBA

Deux composantes majeures
du programme

Le programme d’appui de la Banque mondiale au secteur des déplacements urbains au Maroc mobilisera 200 millions de dollars afin d’améliorer la gouvernance et les infrastructures du secteur. Il ciblera des villes de plus de 100.000 habitants de 9 régions du Royaume. Ces villes seront déterminées par un programme prioritaire qui sera préparé d’ici décembre 2016 par le Fonds d’accompagnement des réformes du transport urbain -Fart- avec l’appui technique de la Banque mondiale.
La composante gouvernance  du programme œuvrera au renforcement et à la  centralisation des données relatives aux transports urbains dans les principales villes du Maroc. Ceci permettra d’affiner la définition des besoins en termes de financement et d’infrastructures et de mieux cibler l’aide de l’Etat au secteur. Cette composante inclura également le renforcement du financement par le Fart des besoins des villes en termes de transports urbains.
Sur le plan local, le projet aidera à améliorer la prise de décision et la coordination interurbaine sur les questions de transport public grâce au recours à des entités de coopération intercommunales. Le programme appuiera aussi la définition des plans de déplacements urbains, destinés à identifier les besoins des villes en termes de transports; ces plans seront désormais soumis à des critères de qualité plus stricts et dans un cadre participatif.
La seconde composante de ce projet, liée à l’amélioration du niveau de service des transports urbains, appuiera des sous-projets pilotes d’infrastructures ayant un impact sur la qualité de l’offre de transport urbain à travers notamment des couloirs bus ou tramways dédiés, des pôles d’échange permettant une intermodalité entre les différents transports existants, un meilleur système d’information pour les utilisateurs et des critères de sécurité et d’accessibilité mis à niveau.
A.S.
 


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