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Femmes victimes de violenceLa lutte via l’autonomisation

Source : | 3 décembre 2015 |  Société | 889 views

Pas facile de se défaire de la spirale de violence. En l’absence de soutien et d’accompagnement institutionnel, beaucoup de femmes restent des victimes anonymes. C’est justement sur ce volet que travaille l’association Initiatives pour la protection des droits des femmes (IPDF). «Tant qu’elles ne sont pas financièrement autonomes, elles ne pourront pas s’en sortir», insiste Ilhame Ouadghiri, présidente de IPDF. Ailleurs, les femmes violentées bénéficient d’allocation et de différentes formes de couvertures spécifiques à leur situation. La présidente de l’association Initiatives pour la protection des droits des femmes garde espoir pour le Maroc d’autant plus qu’une expérience a déjà porté ses fruits à Fès. Il s’agit du centre multifonctionnel Batha pour l’autonomisation créé à Fès en 2009 et géré par l’association. Ce centre soutient les femmes victimes de violences de genre à tous les niveaux et ce, à travers plusieurs phases: écoute, orientation, formation…. Ses usagères sont aujourd’hui des survivantes de tant d’années de violences familiales et conjugales. Elles ont lutté pour se défaire de leurs geôliers et pour avoir un droit à la vie. On les appellera Naima, Joudia et Karima pour garder leur anonymat. Elles ont été formées à des métiers de pâtissière, gérante de restaurant, de snack ou encore jardinière et s’en sont sorties. Naïma est gérante d’une pâtisserie. Cette mère de deux enfants a été pendant longtemps une des victimes de violence conjugale. Dépendante économiquement de son conjoint, elle n’osait pas stopper cet esclavagisme. Le déclic s’est fait un jour en approchant IPDF qui l’a accompagnée de bout en bout. Naima a pu mener son projet qui a eu un grand impact sur sa vie personnelle et familiale. «J’ai aujourd’hui un revenu me permettant de subvenir à mes besoins et à ceux de mes enfants», raconte-t-elle. Même parcours pour Karima couturière. «Grâce au projet, je peux subvenir aux besoins de mes enfants tels que les vêtements, les médicaments, l’éducation, et je peux payer le loyer de mon local. Je voudrais à présent m’ouvrir sur d’autres marchés se trouvant à l’extérieur de Fès comme Tanger, Oujda..». Certaines réinsertions socioprofessionnelles ont été de véritables succès comme celle de Joudia, gérante d’un snack. Non seulement cette ancienne victime de violence conjugale a pu subvenir à ses besoins, mais aujourd’hui, elle crée des emplois. «J’ai pu réaliser mon rêve de créer mon propre restaurant. J’ai actuellement un revenu stable me permettant de subvenir à un certain point à mes besoins journaliers de nourriture, médication, aux besoins de mon fils, et de payer le local. J’ai également pu créer deux postes de travail pour des femmes à temps partiel». Sur le terrain, ce sont essentiellement les associations pour les droits des femmes qui continuent à assurer le plus gros du travail d’appui aux survivantes dans un contexte de désengagement quasi total de l’Etat. Les centres d’écoute pour femmes victimes de la violence de genre ont développé des normes et standards en matière de prise en charge. Plus exactement d’écoute, soutien psychologique et d’accompagnement juridique, mais ne peuvent se substituer à l’Etat pour la réinsertion. Près de 6 millions de Marocaines d’après l’enquête du HCP réalisée en 2009 ont subi à un moment ou à un autre de leur vie un acte de violence. «Cette enquête 2009 n’a toujours pas été actualisée. Pire encore, nous assistons actuellement à une espèce de déni de résultat de l’enquête en question par nos décideurs politiques, ce qui est particulièrement grave, vu que nous risquons avec cette logique-là de revenir à chaque fois à la case zéro et de ne jamais capitaliser sur l’existant», déplore Ouadghiri. Le rapport du CNDH «Etat de l’égalité et de la parité au Maroc» considère que les cas sont encore plus nombreux. Les victimes des violences conjugales ont tendance à ne pas en témoigner en raison de contraintes sociales ou par peur de représailles, indique le rapport. Sur le plan législatif et depuis l’instauration du code de la famille en 2004, il y a eu des avancées et ses mesures semblaient atteindre leur apogée avec la nouvelle Constitution en 2011. Celle-ci énonçait, entre autres, la prééminence des conventions internationales ratifiées par le Maroc, le principe de l’égalité des sexes, le droit à l’intégrité physique et morale, le principe de la parité. «Malheureusement, nous assistons à un véritable blocage notamment en ce qui concerne la loi sur la violence déposée au Conseil de gouvernement en novembre 2013, toujours en situation d’attente. Par ailleurs, le code pénal ne prend pas en considération les crimes de genre, n’incrimine pas le viol conjugal et favorise l’impunité. Plus même, il autorise la réconciliation même quand il y a violence de genre», détaille Ouadghiri. La situation est pire dans le monde rural où l’on manque cruellement d’infrastructures d’écoute, mais aussi de tribunaux. Issues de milieux pauvres, des femmes amazighes, victimes de violence, n’ont même pas les moyens de se faire entendre.

Type de violence

Badra BERRISSOULE


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