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Mariage précoce: Le fléau d’un viol en règle

Source : | 25 novembre 2015 |  Société | 646 views

La présidente de la fondation YTTO, Najat Ikhich, n’hésite pas à bousculer les consciences en qualifiant de viol le mariage des mineurs. Et de pédophiles, ceux qui s’y adonnent. Autant mettre les vrais mots sur une réalité partagée au Maroc par 16% des filles mariées, selon l’UNICEF, avant l’âge de 18 ans et 3% avant l’âge de 15 ans. Les premières victimes étant les jeunes filles. Rien qu’en 2014, selon les données officielles, 33.000 mariages de mineures ont été célébrés, dont 9.000 concernent des jeunes filles de moins de 16 ans. Là, nous parlons des données enregistrées par les tribunaux de la famille. La situation sur le terrain, comme le constate Ikhich est pire. «Rien qu’à Imilchil, dans la région de Midelt, 80% des filles se sont mariées avant 15 ans». Malgré le code de la famille qui fixe l’âge légal à 18 ans, certaines lois autorisent les juges à poser des exceptions. Le mariage précoce étant en constante progression dans notre pays, depuis près de 10 ans. Tout le contraire des espoirs de nombreuses associations marocaines. Pourtant, la preuve est largement faite que les conséquences sont tout simplement dramatiques. Endosser une vie d’épouse et de mère à un moment de la vie où l’on se construit, paralyse et détruit tout un avenir. Alors pour initier un traitement à la source, chaque année depuis 9 ans, des caravanes de prévention des mariages précoces, financées par l’ONU Femmes en grande partie et l’Unicef en 2014, et par le fonds pour les femmes en Méditerranée depuis 2010, partent à la rencontre des populations des régions isolées du pays. Organisées par la Fondation YTTO, elles sont animées par des travailleurs sociaux et des infirmiers, chargés de plusieurs missions. Il leur faut à la fois sensibiliser les personnes rencontrées sur ce sujet, initier des consultations médicales gratuites, et encourager l’enregistrement des naissances et des mariages. Ce travail permet également d’établir une carte précise de la situation et de ses conséquences. En 2014, ce sont près de 11 villages du Haut-Atlas qui ont été visités par les bénévoles d’YTTO. Soit quelque 734 familles et 15.000 femmes approchées. «Le constat a été sans appel. 83% d’entre elles se sont mariées avant 18 ans». C’est dire l’ampleur de la tâche. La première conséquence à ce fléau est l’abandon scolaire. Toujours suivant les résultats chiffrés des caravanes YTTO l’an dernier, 43% des jeunes filles restent à la maison au lieu d’aller à l’école, et 20% avouent y être contraintes par leur mari. «La pauvreté, l’enclavement et la marginalisation étant à la fois les causes et les conséquences de leur vulnérabilité»,  explique la présidente. Dans ces régions enclavées, les écoles sont souvent trop loin pour elles et trop chères pour leurs parents. Alors puisqu’elles sont une grande majorité à tout stopper avant le collège, elles sont mariées. Une solution quand l’argent vient à manquer, mais aussi l’assurance pour la famille que leurs filles ne tombent pas enceintes en dehors du mariage, même coutumier. De quoi garantir l’honneur et le train de vie. Mais bien sûr, ainsi privées d’éducation, elles sont exclues des opportunités économiques et privées et de leur indépendance future.
Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour voir émerger la primauté des conventions internationales, comme l’indique la nouvelle constitution de 2011? A quand l’éradication au Maroc d’un phénomène qui, selon l’ONU, touche près de 39.000 filles chaque jour dans le monde? Rappelons que dans la mesure où une mineure de moins de 18 ans n’a pas la capacité de consentir valablement à son mariage, les mariages d’enfants sont donc considérés comme des mariages forcés et subis. Ce qui devrait suffire pour ne plus les tolérer.

Présidente engagée

Quelles solutions pour mettre fin au phénomène?

• L’éducation reste le facteur essentiel de protection contre le mariage des enfants
• L’émancipation est la seule voie pour qu’elles puissent choisir quand et avec qui elles souhaitent se marier
• La sensibilisation du public pour un changement radical des mentalités et des normes sociales qui leur sont préjudiciables
• Mais aussi, le soutien et la protection de celles qui sont déjà mariées. Retour à la scolarité, formation professionnelle, informations et services relatifs à la santé sexuelle et de reproduction..

Stéphanie JACOB
 


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