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Sahara, que fait-on maintenant ?

Source : | 5 juin 2012 |  Actualité, Politique | 609 views

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Après neuf rounds de négociations informelles, nous voilà de nouveau dans l’impasse. Que le Maroc ait consenti à débattre de la situation des droits de l’homme au Sahara ou encore à propos des ressources naturelles dans cette région, une exigence de ses vis-à-vis du Polisario, n’a en rien fait avancer les négociations. Le dossier était au point mort et risquait de sombrer dans l’enlisement. Le 18 mai dernier, le Maroc, après réflexion et une tournée marathonienne de ses deux chefs de la diplomatie dans les capitales concernées et auprès des Nations Unies, annonçait le retrait de sa confiance à l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, Christopher Ross. Au ministère des affaires étrangères, on affirme que cette initiative a été prise pour insuffler une nouvelle dynamique aux négociations. Il va sans dire que ce n’est pas la seule raison qui a poussé le Maroc à récuser l’envoyé spécial de Ban Ki-Moon. L’acte étant aujourd’hui entériné, que fait-on ensuite ? Et maintenant ?, serait-on tenté de dire. Bien que, à l’heure où nous mettions sous presse, l’envoyé spécial Christopher Ross soit toujours en poste, ils est évident que son départ n’est qu’une question de temps.

C’est que la décision de mettre fin à son mandat ne se prend pas du jour au lendemain. Toutefois, «l’essence même de sa mission veut que dès que l’une des parties lui retire sa confiance, il ne peut plus continuer dans sa mission. Les rumeurs selon lesquelles le secrétaire général pourrait exiger le maintien dans son poste de son envoyé spécial sont infondées. L’envoyé spécial est là, comme le veulent les accords de Houston (1991), pour construire la confiance et rapprocher les points de vue entre les parties. Il ne peut donc plus continuer dans sa mission quand il devient un élément de tension», explique Abdelmajid Belghazal, spécialiste du dossier du Sahara qui a participé à la conception du Plan d’autonomie marocain. Ce fut d’ailleurs le cas pour les deux prédécesseurs de Ross, l’ancien secrétaire d’Etat américain James Backer (1997-2004) et le diplomate néerlandais Peter Van Walsum (2005-2008). Le scénario le plus probable, expliquent des sources proches du dossier, c’est que l’envoyé spécial décide de son propre chef de se retirer. Son mandat arrive, en effet, à terme en ce mois de juin et comme l’a fait son prédécesseur, Peter Van Walsum, il peut présenter sa démission. Entre-temps, le Secrétaire général des Nations Unies se serait déjà mis à la recherche d’un remplaçant qui soit accepté par toutes les parties en conflit.

Impasse et manque

de perspective

Il s’agit d’engager, à nouveau, une série de négociations, voire saisir le Conseil de sécurité, avant de nommer un nouvel émissaire. Combien de temps cela va-t-il prendre ? Personne ne le sait. On sait toutefois qu’entre la démission de Van Walsum et la nomination de Christopher Ross, il s’est écoulé près de quatre mois.

Nous sommes donc à nouveau dans un flottement. Bien plus, affirme Mohamed Benhammou, professeur universitaire et président du Centre marocain des études stratégiques, «le dossier est de facto dans une impasse à cause de la position de l’Algérie, parce que les positions et les choix du Polisario sont en fait dictés par elle. Cette position rigide a inscrit le dossier dans l’enlisement et dans une succession d’absences d’évolution et de résultats». De ce fait, on sait d’avance à chaque mois d’avril, quand le Conseil de sécurité est amené à statuer sur le devenir de la Minurso que le mandat de celle-ci sera prorogé et, depuis que Christopher Ross a opté pour la stratégie des rencontres informelles, que le communiqué final de l’une de ces rencontres allait immanquablement annoncer la rencontre suivante. Ce qui fait dire à Abdelmajid Belghazal que «quelque part il est voulu que le dossier ne quitte pas le statu quo. Aucun signe n’indique que la communauté internationale veuille vraiment imposer une résolution rapide du dossier. Cela tout en veillant à ce que la tension entre les parties n’atteigne pas un niveau qui les inciterait à reprendre les armes». En effet, approuve Mohamed Benhammou, «la communauté internationale, du moins certaines parties, donnent l’impression d’adopter une position ambiguë et confuse. Car, tout en se déclarant clairement favorables au projet d’autonomie proposé par le Maroc, tout en présentant ce projet comme crédible, sérieux et comme un projet qui apporte des réponses concrètes pour sortir de cette crise, elles ne font rien de peur de froisser l’Algérie, la puissance énergétique régionale».

Pour avoir tant duré, cette situation profite-t-elle à une quelconque partie ? «Tout ce qu’on peut dire c’est que cette situation n’est confortable pour personne», affirme Ahmed Salem Latafi, membre du Corcas et du bureau politique du PPS, chargé du dossier du Sahara. M. Benhammou fait pourtant le constat suivant : «La rupture stratégique et les bouleversements qu’a connues l’Afrique du Nord l’année dernière ont créé une situation géopolitique nouvelle qui appelle à la création d’un nouvel ordre régional et nécessite une intégration du Maghreb et ce, d’autant que son voisinage du Sud connaît une situation grave qui présente un danger réel sur la sécurité et la stabilité de la région».

Ceux à qui profite

le conflit

De même, ce qui n’augure rien de bon, en plus de la prolifération des armes et différentes activités illicites, la région vient de connaître un précédent. «Pour la première fois dans le monde, Al Qaïda vient de proclamer, à travers une de ses ramifications, Ansar Eddine, un Etat islamique au Nord du Mali», affirme Mohamed Benhammou. Ce contexte fort inquiétant devrait inciter la communauté internationale à appuyer une résolution rapide du conflit du Sahara. Car, conclut-il, «dans cette conjoncture, le prolongement du conflit du Sahara et le maintien de ce foyer de tension risque d’être très coûteux pour toute la région».

Théoriquement, toutes ces considérations plaident, en effet, pour une résolution rapide de la question. Sauf que la réalité est plus complexe qu’elle ne le paraît. Car, selon Abdelmajid Belghazal, le maintien du statut quo profite à tout le monde sauf à l’Etat marocain et à la population sahraouie qui vit toujours dans des conditions déplorables, dans les camps de Tindouf. D’abord, explique-t-il, elle profite à certains intérêts internationaux, principalement ceux liés à l’énergie. En second lieu, c’est naturellement le Polisario, ou plutôt la direction du front, qui en tire un grand profit. Cette dernière exploite à fond, politiquement, le conflit. «La logique des dirigeants du Polisario est simple : tant que ce conflit n’est pas résolu, ils se considèrent en guerre et donc il n’est pas question qu’il y ait un changement à la direction du front». Toutefois, explique une source sahraouie, une frange du Polisario ne cache pas ses craintes de voir le processus s’enliser au point de ne plus offrir une perspective claire sur la suite à lui donner. Cette aile de l’organisation redoute que le Maroc ne profite de ce passage à vide pour accélérer la mise en œuvre du processus de régionalisation avancée. Processus qui prévoit une amorce du Plan d’autonomie au Sahara. Cela d’autant, ajoute la même source, que «la situation chaotique au Sahel et la prise en main du Nord Mali par des groupes islamistes compliquent la donne. Plus aucune capitale dans le monde, à part Alger, ne croit sérieusement à l’histoire d’une république sahraouie. C’est pourquoi les plus sceptiques parmi les dirigeants du Polisario voient dans le clash du Maroc avec Christopher Ross un risque potentiel qui ne servirait pas forcément leurs calculs, ni ceux de leur allié algérien».

L’Algérie, elle-même, bénéficie de cette situation. Car, comme l’a soutenu le chef du gouvernement dans un entretien accordé, récemment, au quotidien espagnol El Pais, «si l’Algérie le veut, le problème du Sahara pourrait être résolu en quelques jours ou semaines». Bien sûr, l’Algérie s’est empressée de nier toute intervention dans ce dossier. N’empêche, comme l’a confié un jour Youssef Amrani, ministre délégué aux affaires étrangères -dont nous publions un entretien en page 47-, «en 35 ans de carrière, là où que je me trouve et à chaque fois, il y a toujours un adversaire algérien devant moi. A chaque fois qu’un diplomate marocain entreprend une démarche auprès d’une ambassade ou une chancellerie pour expliquer la position marocaine sur le conflit, son vis-à-vis algérien s’empresse d’engager une démarche opposée pour exposer celle du Polisario».

Après 36 ans de conflit, rien ne semble avoir changé. «Le pouvoir algérien, affirme Abdelmajid Belghazal, est mu par ses ambitions hégémoniques dans la région. Il justifie ses positions auprès du peuple algérien par une volonté de faire face à ce qu’il appelle des velléités expansionnistes du Maroc. Il continue donc de soutenir le Polisario et mobilise pour cela sa diplomatie et d’ énormes réserves en devises qu’il place auprès des banques occidentales comme une sorte de pots de vin qui ne disent pas leur nom». Mohamed Benhammou explique ce soutien indéfectible de l’Algérie au Polisario par un autre facteur : «Tout changement dans le sens de la démocratisation dans la région est perçu comme une menace par le pouvoir en Algérie».

Personne ne peut tirer ne serait-ce qu’une seule balle

Question : cette absence de perspective pourra-t-elle pousser le Polisario à opter pour l’escalade ? Car c’est devenu un rituel depuis ces dernières années. Entre deux rounds de négociations, le Polisario ne trouve pas mieux que de brandir la menace de la reprise des armes. «En effet, explique M. Belghazal, c’est une menace que le Polisario agite à chaque fois que les tensions à l’intérieur des camps frôlent l’explosion sociale. C’est une manière pour apaiser ces tensions sociales. Sur le terrain, le choix de la reprise des armes n’est dans la main de personne. Personne ne peut tirer un seul coup de feu dans cette région». La menace de représailles armées n’est donc, ajoute-t-il, qu’un moyen de pression sur la communauté internationale et de chantage exercé sur la population des camps de Tindouf.  

Il reste que face à un tel tableau, le Maroc ne peut pas rester les mains liées. Youssef Amrani le soutient: «Le statu quo est intenable». Le Maroc a en effet quelques cartes à jouer. Abstraction faite de ses motivations, la décision de retirer sa confiance à l’envoyé spécial n’est pas chose facile. C’est, en elle-même, une rupture dans un processus qui risquait, s’il se prolongeait davantage, d’éroder, à terme, son argumentaire. Dans ce cas, quels atouts peut-il, encore, faire jouer pour reprendre les choses en main ? En fait, affirme Ahmed Salem Latafi, «si nous avions entrepris de mettre en œuvre le processus de régionalisation avancée au Sahara, cela aurait créé une nouvelle atmosphère dans la région. Cela, d’une part. D’autre part, la communauté internationale aurait considéré sous un autre angle le projet d’autonomie proposé par le Maroc. Nous aurons donné une nouvelle preuve de notre sérieux». Il faut donc que le Maroc mette en place le projet de la régionalisation et qu’il continue sur la voie des réformes législatives en mettant en place les institutions prévues par la nouvelle Constitution, affirme pour sa part M. Benhammou. «Il faut qu’il continue dans la voie stratégique, celle de l’instauration d’un Etat de droit et qu’il continue à s’attaquer aux questions du développement. En parallèle, il faut maintenir sa diplomatie forte et plus influente, que ce soit en Afrique ou à l’échelle internationale». M. Belghazal verse dans le même sens : «Le Maroc doit continuer à défendre le projet d’autonomie. Ce texte est à lui seul une révolution dans l’organisation et les structures de l’Etat marocain. La proposition de ce projet, en avril 2007, était un printemps démocratique avant terme». Bien plus, ajoute celui qui a participé à la conception de ce projet, «il répond à 80% des revendications du Polisario et permet à l’Algérie de se retirer du dossier sans perdre la face».

La désignation récente du Royaume comme membre non permanent du Conseil de sécurité pour un mandat de deux années lui permet d’être aux premières loges pour mieux défendre son projet. Mais c’est aussi sur le terrain que l’Etat marocain doit être très présent, notamment dans le domaine des droits de l’homme. Il risque gros à laisser le Polisario et ses acolytes de l’intérieur user des droits de l’homme pour servir des intérêts politiques.


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