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Marché de l’art : l’abstrait rapporte toujours gros

Source : | 29 mai 2012 |  Actualité, Economie | 392 views

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Le placement dans les objets d’art peut toujours rapporter des plus-values appréciables. Comme pour l’immobilier ou la Bourse, le marché de l’art n’échappe pas non plus à la loi de l’offre et de la demande et à la diversité des intervenants qui assurent son dynamisme. Il est constitué de spéculateurs, d’investisseurs à long terme, de suiveurs et même de «market makers» qui influent sur le prix d’une toile, à la hausse ou à la baisse et qui orientent le marché des collectionneurs vers telle ou telle œuvre ou vers tel ou tel type de peintures. Dans ces conditions, quel gain peut-on espérer d’un placement dans une œuvre d’art ? Et sur quel type de tableau faut-il miser actuellement ?

Aujourd’hui, le marché de l’art connaît un engouement particulier pour les œuvres abstraites d’artistes marocains. A ce titre, Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui, Miloud Labied ou encore Mohamed Kacimi et Abdelkrim Ouazzani, et bien d’autres ont toujours une cote solide sur le marché de l’abstrait. Selon Abderrahmane Saidi, directeur de la maison de vente aux enchères Memoarts, «on constate un éloignement progressif du style orientaliste qui a prévalu pendant près de 15 ans, et un retour vers la peinture marocaine contemporaine, qui est plus accessible physiquement et intellectuellement». Par conséquent, le prix de ces œuvres ne cesse d’augmenter. Il faut dire que l’intérêt devient davantage grandissant quand il s’agit d’artistes morts, vu que la production se limite à ce qui s’échange sur le marché. Du coup, les tableaux deviennent rares, plus recherchés et donc plus chers.

Par exemple, une composition se basant sur une huile sur panneau de Miloud Labied datant des années 70, a été adjugée à 850 000 DH en 2011 alors qu’elle a été acquise en 2003 à 50 000 DH. Pionnières dans l’école de l’abstrait, les œuvres de Jilali Gharbaoui ne cessent de voir leur valeur s’élever de près de 10% annuellement. De ce fait, les professionnels recommandent de miser sur cette valeur dite «sûre» tant que c’est le marché de l’abstrait qui domine.

Mieux encore, une huile sur toile du même artiste mise en vente en mai 2011 a été adjugée à 900 000 DH alors qu’en 2004, une œuvre comparable a été vendue à 150 000 DH, soit une hausse de 500% en 7 ans. Lors d’une vente aux enchères organisée en décembre 2011 par la Compagnie marocaine des œuvres et objets d’arts (CMOOA), une huile sur carton de Mohamed Kacimi était estimée entre 1,3 et 1,5 MDH alors qu’elle a été adjugée à 1,8 MDH.

De manière générale, les professionnels du marché recommandent les placements à long terme dans les œuvres d’art pour espérer réaliser une plus-value conséquente, même si dans bien des cas les prix évoluent rapidement.

Le talisman rouge, une œuvre d’art marocaine vendue à 2,35 MDH

Même s’il joue dans la même catégorie que ses semblables, Ahmed Cherkaoui s’est démarqué d’eux par un tableau qui a défié toute concurrence. Le talisman rouge, un tableau à base d’huile sur toile de jute réalisé en 1967 était évalué tout au plus à 1,4 MDH. Il a été vendu à 2,35 MDH il y a un an au moment où les tableaux de ce peintre de l’abstrait tournaient autour d’une moyenne de 250 000 DH.

De leur côté, les artistes toujours vivants, à l’instar de Mohamed Melihi Mekki Mghara, Mohamed Chebaa, Fouad Bellamine et Farid Belkahia agissent dans la continuité du développement de l’art abstrait moderne. Leurs œuvres ne sont pas moins louables que celles des artistes disparus. Par exemple, une huile sur panneau de Farid Belkahia de dimension 145×50 a été adjugée en 2009 à 387 000 DH alors qu’elle a été estimée par les experts dans une fourchette variant de 280 000 à 300 000 DH. Une huile sur toile de Fouad Bellamine a valu à fin 2010, lors d’une vente aux enchères, 450 000 DH, alors que le marché avait proposé 260 000 DH pour une œuvre à caractéristiques comparables, deux années auparavant, soit une hausse en valeur de près de 75%. Une acrylique sur toile de Mohamed Chebaa s’est échangée en 2008 à 130 000 DH alors qu’une œuvre comparable de l’artiste a été vendue à deux fois ce prix à fin 2010.

Cela étant, le marché de l’art au Maroc n’est pas représenté que par des artistes marocains. Les étrangers sont également présents mais leurs œuvres commencent toutefois à s’essouffler vu le manque d’innovation en la matière. A ce titre, Hicham Daoudi, directeur de la CMOOA, précise que «la cote des artistes étrangers était solide au moment où l’art orientaliste battait son plein. 98% des œuvres étrangères sont figuratives, voire décoratives, et ne font que révéler l’âme du Maroc». On distingue Jacques Majorelle dont une gouache sur papier datée de 1949 et intitulée les terrasses de Tazouda, a été adjugée lors d’une vente aux enchères à 2,65 MDH, soit 250 000 DH de plus que ce qui a été estimé par les experts. A côté de Majorelle, sont connus aussi par la qualité de leurs toiles, Edouard Edy Legrand, Jean Gaston Manstel ou encore Réal Lessard et Jose Cruz Herrera…  

Les professionnels relèvent le même constat : l’intérêt des particuliers envers les tableaux va crescendo. «Au-delà des collectionneurs historiques, il existe actuellement un engouement particulier d’une catégorie de jeunes marocains», fait remarquer Yasmina Berrada, directrice de Loft Art Gallery. Cet intérêt grandissant est-il fondé ou est-ce un effet mimétique vu les plus-values alléchantes pouvant être réalisées ?

Un marché étroit qui se caractérise par un effet mimétique prépondérant

Si les années 60 et 70 ont marqué une étape importante dans l’histoire de l’art au Maroc, aussi bien au niveau de l’émergence d’artistes de renommée qu’au niveau de l’apparition de collectionneurs connaisseurs, actuellement, le marché de l’art accueille un certain nombre de particuliers suiveurs. D’ailleurs, les institutionnels, notamment les grands groupes tel l’OCP et les banques à l’instar d’Attijariwafa bank et la Société Générale aux côtés des fondations sont connus pour être les «market makers» des œuvres d’art. En effet, dès qu’ils expriment leur préférence envers un type d’artistes, les particuliers, attentistes qu’une tendance se dégage, suivent automatiquement le mouvement d’achat. Ce comportement mimétique s’explique essentiellement par le souhait de collectionner à des fins spéculatives en vue de réaliser des plus-values. Mme Berrada tient à signaler : «Quand bien même un acheteur passionné acquiert une œuvre d’art, ce dernier cherchera à effectuer un investissement intéressant».

Cela étant, «si le marché boursier se caractérise par son étroitesse et son manque de transparence, le marché de l’art est beaucoup plus étroit et nettement moins transparent», se désole M. Saidi. Et pour cause, le manque de réglementation. En effet, il n’existe aucune législation régissant le marché de l’art, mis à part le droit commun. Par conséquent, de faux tableaux peuvent circuler tout en étant certifiés par des experts. Notons que le travail de ces derniers se limite à l’aspect visuel. A ce stade, M. Saidi fait appel à une réglementation précise et rigoureuse tant pour la protection de l’artiste que pour la préservation des intérêts des acheteurs et des vendeurs.

Le marché de l’art est certes dominé par les artistes qualifiés de valeurs sûres, qui ont émergé entre 1950 et 1970 et dont les tableaux s’échangent à de gros budgets, mais cela ne veut pas dire que les budgets moyens y sont écartés. Le marché regorge d’artistes montants qui sont en train de se frayer leur chemin sur la scène nationale. A ce titre, les professionnels du marché recommandent de miser sur des valeurs telles que Mohamed Benyaich, Anouar Khalifi, Amina Rizki, Younes Rahmoun, Hassan Darsi, Mostapha Rouass, Safa Erruas, Kim Bennani… dont les œuvres d’art s’échangent entre 10 000 et 50 000 DH pour les artistes ayant déjà exposé et à partir de 8 000 DH pour les toiles des peintres débutants lors d’une première exposition. Par exemple, «Chutes», une toile au format 140×210 de Hassan Darsi, a été adjugée en 2008 à 50 000 DH.

Aussi, un tableau de 100×100 de Amina Rizki peut s’échanger à 20 000 DH. Malgré la qualité de leurs toiles et leurs efforts fournis, ces artistes montants souffrent d’un manque d’orientation de la demande envers leurs tableaux. Cette situation s’explique par la nature risquophyle des collectionneurs et leur préférence de placement dans les valeurs sûres.

Par ailleurs, comme la production d’un tableau et son exposition dans une galerie d’art demandent un investissement conséquent, ces jeunes artistes manquent de ressources nécessaires à leur promotion.

Les galeries d’art et les maisons de vente aux enchères constituent le moyen le plus sûr pour se procurer une œuvre d’art. Il est en effet vivement déconseillé d’acheter directement auprès des brocanteurs, des particuliers ou des antiquaires pour ne pas tomber dans de fausses œuvres. Ils offrent la garantie que la toile a déjà été certifiée par un expert à travers un certificat d’authenticité délivré à l’acheteur.

En leur qualité d’intermédiaires entre l’acquéreur et le cédant, les maisons de vente prélèvent des commissions à l’achat et à la vente. Par exemple, la CMOOA retient à l’achat une commission de 20,4% TTC pour les œuvres dont le prix atteint 1,5 MDH, de 19,2% TTC pour les toiles comprises entre 1,5 MDH et 3 MDH et de 18% TTC pour les tableaux coûtant plus de 3 MDH. A la vente, une commission de 16,8% TTC est appliquée pour un tableau d’une valeur inférieure à 1 MDH s’il s’agit d’un particulier et de 13,2% TTC pour un professionnel. A partir de 1MDH, les particuliers sont taxés à 14,4% TTC sur le prix de vente et les professionnels à 11,4% TTC. Pour Memoarts, cette commission peut varier entre 10 et 15%.

Par ailleurs, la commission des galeries d’art, elle, varie d’une galerie à l’autre. Loft Art Gallery pratique par exemple une commission de 25 à 30% pour des prestations couvrant la promotion de  l’artiste, les charges relatives à l’organisation de l’exposition ainsi que le conseil.


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