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Pour la première fois en 6 ans, plus de 100 000 emplois ont été perdus au premier trimestre

Source : | 29 mai 2012 |  Actualité, Economie | 773 views

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C’est la première fois que cela est arrivé depuis au moins six ans : l’économie nationale, au cours du premier trimestre 2012, a accusé une perte nette d’emplois dépassant les 100 000 postes. Auparavant, malgré des pertes d’emplois enregistrées ici et là, le solde a toujours été positif, au moins durant les périodes considérées, c’est-à-dire les premiers trimestres entre 2007 et 2012 (voir graphe).

Comment expliquer cette situation ? Deux facteurs principaux en sont à l’origine. Le premier, plus décisif, est lié au climat. Avec la sécheresse, d’un côté, et le gel, de l’autre, ce n’est pas seulement l’agriculture qui a pris un coup, le BTP aussi en a souffert. Les chiffres du Haut commissariat au plan (HCP) illustrent bien cette situation. Le secteur primaire (agriculture, pêche et forêt), aussi bien en milieu rural (-111 000 emplois) qu’en milieu urbain (-46 000 postes) a en effet perdu un total de 157 000 emplois. Certes, il s’agit principalement d’emplois non rémunérés, mais on sait bien que les emplois non rémunérés représentent encore une part importante dans le volume global de l’emploi au Maroc (plus de 22%). Dans le BTP, le froid polaire qui s’est abattu sur le Maroc au cours des mois de janvier et février, notamment, a causé l’arrêt de nombreux chantiers, induisant des pertes d’emplois très élevées, en particulier en milieu urbain  (45 000 postes de travail), tandis qu’en milieu rural, on en a créé pas plus de 3 000, d’où une perte nette de 42 000 emplois.

Les pertes, on le voit, ont touché deux branches d’activité qui pèsent quelque 55% de l’emploi au Maroc.

Il se trouve qu’au même moment, l’industrie et les services n’ont pas créé suffisamment d’emplois pour compenser ces pertes. Et la raison de cette atonie constitue le deuxième facteur d’explication des pertes élevées d’emplois au cours de ce premier trimestre 2012. En effet, avec la mauvaise conjoncture que traversent l’économie mondiale et singulièrement les principaux partenaires du Maroc, d’un côté, et l’arrivée d’une nouvelle équipe gouvernementale au Maroc ayant comme pilier le PJD, de l’autre, l’activité économique, sans doute par manque de visibilité des acteurs ou par simple attentisme a accusé un ralentissement. D’ailleurs, les derniers chiffres du HCP sur la croissance au cours de ce premier trimestre le montrent bien en effet : 2,2% de progression du PIB, au lieu de 4,9% et 5,3% respectivement au premier et au dernier trimestre de 2011. Bien sûr, cette faible hausse du PIB est due à la baisse de la valeur ajoutée agricole (-11,7%), mais aussi à une croissance ralentie (4,3%) des activités hors agricoles.

La population active

en baisse, en raison

des sorties du marché

du travail

Il en a résulté que les services, qui représentent 38,4% d’embauche du pays, n’ont créé que 47 000 postes de travail, ce qui est insuffisant pour contrebalancer les énormes pertes enregistrées ailleurs. D’autant que l’industrie, déjà peu créatrice d’emplois, n’en a fourni que 39 000.

Et cependant, malgré cette contre-performance, le chômage n’a pas augmenté de façon substantielle : +0,8 point, à 9,9% par rapport à la même période de 2011 (voir graphe). Ce niveau de chômage correspond même à celui enregistré au premier trimestre 2010. Or, en 2010, la campagne céréalière ne fut pas mauvaise (77,2 millions de quintaux) même si elle accusa une baisse par rapport à 2009, en raison de l’effet de base (103,6 millions de quintaux). Autrement dit, nous avons un même niveau de chômage sur des périodes qui, en termes d’activités, notamment agricoles, sont tout à fait différentes.

L’explication de ce phénomène, selon un responsable au HCP, tient au fait que les travailleurs au Maroc, en particulier les aides familiales (mais pas seulement) lorsqu’ils anticipent une mauvaise campagne agricole se retirent tout simplement du marché du travail. De ce fait, ils ne font plus partie de la catégorie des chômeurs mais de celle des inactifs. Cette explication est d’ailleurs corroborée par la population active (composée des actifs occupés et des chômeurs) qui a accusé une baisse aussi bien par rapport au premier trimestre de 2011 (-0,1%) que par rapport au trimestre précédent, c’est-à-dire le quatrième de 2011 (-1,7%). Ce phénomène de sortie de l’activité, signe de découragement, constitue une des caractéristiques principales du marché du travail au Maroc. Il explique en partie, nous l’avons déjà souligné ici même, la relative faiblesse du chômage. Ailleurs, en Occident surtout, une personne qui perd son emploi s’inscrit au chômage, ce qui reflète plus ou moins correctement la réalité du marché du travail.

La population active en chômage, qui a augmenté de 93 000 personnes à 1,13 million de chômeurs, présente un profil plutôt inquiétant. Selon les indications du HCP, en effet, 4 chômeurs sur 5 (ou 80%) sont des citadins, 2 sur 3 (66,66%) sont âgés de 15 à 29 ans, 1 sur 4 (25%) est diplômé de niveau supérieur, 1 sur 2 (50%) est primo-demandeur d’emploi, et près de 2 sur 3 chôment depuis plus d’une année.

Sur les causes du chômage, le HCP indique que 27,2% des chômeurs le sont suite à l’arrêt de l’activité de leur établissement ou au licenciement, 20,2% après l’obtention d’un diplôme et 16,2% suite à l’arrêt des études non sanctionnées par un diplôme.


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